Autodétermination et autorégulation, deux concepts clé pour comprendre l’apprentissage en ligne

http://www.dreamstime.com/stock-photo-3d-small-people-complicated-question-image19385560L’autodétermination et l’autorégulation, ce sont les deux piliers de l’autodirection qu’il faut absolument connaître dès lors que l’on s’intéresse à l’apprentissage en ligne, sous toutes ses formes. Je vous propose dans le billet d’aujourd’hui de revenir brièvement sur ces deux concepts qui, s’ils sont vieux de plusieurs décennies, sont toujours d’actualité.

Pour Deci & Ryan (1985b, 2002, Ryan & Deci, 2000a, 2000b), le sentiment d’autodétermination représente la perception de la proactivité, du choix, de la liberté d’agir, de l’autonomie par le sujet lui-même (Carré, 2005 p.140). La théorie place les comportements humains sur un continuum qui va du contrôle extérieur jusqu’à l’autodétermination. Les auteurs identifient six types de motivation qu’ils placent sur ce continuum d’autodétermination. La motivation intrinsèque correspond à l’autodétermination dans sa forme la plus absolue, dans le sens où elle « n’implique aucune pression, demande, suggestion, ou stimulation extérieure pour se mettre en place et déclencher le comportement. ». Les motivations extrinsèques sont quant à elles « liées à des actions instrumentales, nécessaires à l’obtention d’un résultat extérieur à l’action elle-même ». Deci & Ryan (1985a) identifient quatre types de motivations extrinsèques, par degré croissant d’autodétermination : contrôlée, introjectée, identifiée, intégrée.

  • Contrôlée: par régulation externe, se manifeste sous l’effet de sanctions externes à l’individu, qu’elles soient positives ou négatives.
  • Introjectée : le sujet agit de son propre chef, mais à travers un processus d’autocontrôle, c’est-à-dire en s’appliquant à lui-même les règles de jeu de la sanction extérieure.
  • Identifiée: s’émancipant du contrôle extérieur, le sujet agit sous l’influence de ses convictions personnelles, à partir d’un raisonnement explicite justifiant l’importance de l’acte envisagé pour le sujet lui-même.
  • Intégrée : le sujet agit à partir d’une pleine conscience de sa liberté de décision.

Les auteurs considèrent comme motivations autodéterminées les motivations intrinsèque, extrinsèque intégrée et dans une moindre mesure extrinsèque identifiée.

Jézégou (2013) se basant notamment sur les travaux d’auteurs nord-américains (Zimmernan, 2002 ; Schunk & Zimmerman, 2007 ; Cosnefroy, 2011), définit le concept d’auto-régulation comme suit : « Au sens large, il réfère au contrôle que l’apprenant exerce sur son processus cognitif d’apprentissage, en anticipant, préparant, évaluant et ajustant ses procédures en fonction des effets ou des résultats observés. » (2013).

Il a pour origine la théorie socio-cognitive de Bandura (1977). L’agentivité est pour Bandura une notion fondamentale dans l’analyse des comportements humains. L’auteur définit ce terme comme « la capacité d’un acteur intentionnel de sélectionner, d’élaborer et de réguler sa propre activité pour atteindre certains résultats. » (Bandura, 1989). La notion d’agentivité illustre l’intentionnalité et l’anticipation des individus. Pour le psychologue, le sentiment d’efficacité personnelle est au cœur de cette notion : « L’efficacité personnelle perçue concerne la croyance de l’individu en sa capacité d’organiser et d’exécuter la ligne de conduite requise pour produire les résultats souhaités. » (Bandura, 1997). Nous serons amenés à mobiliser le concept d’autorégulation développé dans le cadre de la théorie sociocognitive. Selon Bandura, l’apprenant est capable de participer à la motivation, à la guidance et à la régulation de ses actions par le biais de l’auto-observation et de l’évaluation de ses résultats en rapport avec ceux attendus puis par la comparaison cognitive et la correction de sa ligne de conduite. Le concept a été opérationnalisé dans le contexte des MOOC français par Jézégou (2015) dans le cadre d’une recherche sur le MOOC Itypa ; les éléments qui suivent sont issus de ce travail d’opérationalisation.

L’auto-régulation désigne dans un contexte d’apprentissage les différentes phases successives que sont l’élaboration des stratégies, leur évaluation et leur adaptation aux résultats obtenus (Zimmerman, 2000 ; Cosnefroy, 2011 ; Jézégou, 2013). Elle s’exprime par un processus cyclique que l’on peut résumer en trois phases : l’anticipation, le contrôle, et l’auto-réflexion (Zimmerman, 1990, 2000, 2013). Au cours de la phase d’anticipation, le sujet évalue l’activité à réaliser au prisme des « buts poursuivis, et de la valeur attribuée à l’activité ». Dans la phase de contrôle, il se fixe des objectifs et met en place « une stratégie d’apprentissage pour atteindre ces objectifs. ». Enfin, il contrôle l’efficacité de la stratégie décidée dans la phase d’anticipation. L’apprenant évalue l’efficacité globale de la démarche au cours de la phase « d’autoréflexion ». On distinguera trois types d’autorégulation : l’autorégulation interne portant sur ses états « émotifs, socio-affectifs et motivationnels », l’autorégulation comportementale, portant sur le contrôle de ses comportements d’apprentissage, et l’autorégulation environnementale, portant sur « le contrôle des différentes composantes de son environnement d’apprentissage ». C’est essentiellement à l’autorégulation comportementale que nous nous intéresserons.

Voilà, nous sommes maintenant armés pour pouvoir approfondir le concept d’autodirection, qui implique que l’apprenant s’inscrive tant dans une logique d’autorégulation que dans une logique d’autodétermination (Carré 2003). Je n’ai pas trop parlé des questions d’apprentissage en ligne dans ce billet, mais sachez que ces concepts reviennent absolument tout le temps dans ce champ. Mais quand je dis tout le temps, c’est tout le temps. Je n’ai fait ici qu’une brève définition, et je crains bien qu’il vous faudra approfondir ces concepts par vous-mêmes si vous voulez en savoir plus.

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