Les questions d’autonomie et de motivation dans les MOOC

FlaskC’est l’été, Paris est vide, et  je panique quant à ma capacité à utiliser toute la biblio que j’ai lue pour éclairer mes données. Rien d’étonnant cela dit. En faisant basculer ma thèse dans le domaine des sciences humaines, j’ai pris un risque dont j’étais conscient, et maintenant j’en paie le prix. Entre le quali, le quanti, l’analyse des traces d’apprentissage, il faut que je maîtrise peu à peu des techniques très différentes. Les chercheurs en méthodologie de la recherche disent que c’est bien de croiser comme ça les méthodes d’analyse, faire cette fameuse triangulation, et que beaucoup trop de chercheurs orientent leurs questions en fonction de leurs compétences. Et bien je suis ravi de satisfaire des gens comme Gorard, mais là je vois pourquoi les gens s’en tiennent à leurs compétences de départ. Bon, passons.

J’ai découvert le mémoire d’une étudiante de l’université de Genève intitulé « Vers une compréhension des enjeux et des perspectives dans l’usage des MOOC par des apprenants : entre motivation et autonomie ». Elle a réalisé une demi-douzaine d’entretiens de recherche sur les MOOC et elle a bien su mobiliser les cadres classiques, Carré et les motivations pour entrer en formation (épistémique, dérivatif, etc), la théorie de l’autodétermination de Deci et Ryan (Besoin de compétence, d’autonomie, d’affiliation), ainsi que la plupart des auteurs du domaine. Je ne sais pas où elle a trouvé le temps de lire toute cette biblio en un stage de maîtrise. Il m’a fallu une thèse entière en ce qui me concerne. Cela m’a poussé à lire un peu plus sur les questions de motivation, refaire un peu d’histoire, de l’instinct de Mc Dougall, au Drive Reducation de Hull en passant par le besoin d’accomplissement (Lewin) ou la théorie des buts de compétence. Mais c’est vraiment la théorie de l’autodétermination qui semble le plus correspondre à mes besoins. Du coup, j’ai acheté le Traité de Psychologie de la Motivation (dirigé par Fenouillet et Carré), je vous raconterai, j’ai trouvé pas mal de choses intéressantes dedans.

Parallèlement, j’ai redécouvert un texte de Brigitte Albero (CREAD) sur l’autonomie : « L’autoformation dans les dispositifs de formation ouverte et à distance : instrumenter le développement de l’autonomie dans les apprentissages ». Il me permettra je l’espère de bien opérationnaliser le terme d’autonomie en le déclinant à travers ses différentes dimensions (technique, méthodo, psycho-affectif, informationnel). Et cela aide à faire la différence entre les dispositifs qui partent du principe d’autonomie comme pré-requis, et ceux qui voient l’autonomie comme l’un des objectifs de la formation. J’aime beaucoup cette citation notamment : «il ne suffit pas de proposer un bien pour que les utilisateurs qui se manifestent soient ceux à qui ce type de service fait le plus défaut, et dont la demande ne peut être satisfaite par d’autres moyens» (Barbier-Bouvet, 1982, p. 28-29). Il pouvait être confirmé, à propos des programmes de télévision éducative destinés à des publics faiblement scolarisés, que leur simple diffusion à l’antenne était insuffisante à leur assurer une audience auprès des téléspectateurs visés (Glikman, 1995) »

Et celle-ci m’a tellement impacté dans le contexte des MOOC : « Il pouvait encore être souligné que prétendre répondre de la sorte, par la télématique, aux besoins d’une vaste population relevait d’un «bluff technologique» (Ellul, 1988). Il n’en reste pas moins que chaque découverte dans le secteur des technologies de l’information et de la communication fait renaître la fiction qui veut que de nouvelles possibilités d’accès aux connaissances aient pour conséquence de nouvelles pratiques éducatives, avec, pour corollaire, l’illusion que le progrès technologique est immanquablement source de progrès pédagogique. »

 Celle-là, il faudra que je la réutilise dans mon manuscrit de thèse ! Bon, pour le prochain billet, j’essaie de vous résumer les principaux éléments que j’ai pu tirer du Traité de Psychologie de la Motivation. Par ailleurs, je viens enfin de recevoir Produire sa Vie de Gaston Pineau (une des principales références du monde de l’autoformation), Freedom to Learn de Carl Rogers, et j’ai dévalisé le stock de Méthodologie des Sciences Sociales de Gibert. Je lis ça pendant les « vacances » et je vous fais un retour sur le lien que l’on peut établir avec les MOOC ….

5 pensées sur “Les questions d’autonomie et de motivation dans les MOOC

  • 7 août 2015 à 13 h 12 min
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    Merci de nous faire partager ces lectures, vous êtes en train de construire une sacrée passerelle entre les classiques de l’autoformation et les engouements plus récents pour les MOOCs. Ce « work in progress » est passionnant à suivre.

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    • 7 août 2015 à 14 h 20 min
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      Merci ! Content de voir que ce type de billet de blog intéresse bien que très centré sur la recherche…

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    • 9 août 2015 à 14 h 29 min
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      Merci Jacques, je file le lire …

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