Pourquoi apprend-t-on en ligne ? Une typologie des motifs d’entrée en formation, d’après P. Carré

FlaskPourquoi s’engage-t-on dans l’apprentissage en ligne ? Alors que je cherchais dans le cadre de ma thèse à catégoriser les utilisateurs de MOOC sur la base de leurs motivations pour s’inscrire, je suis tombé sur la typologie des motifs d’entrée en formation de Philippe Carré. Si la typologie est récente, elle se base sur des travaux américains dont certains remontent aux années 1960. Pourquoi aller chercher plus loin ? A priori, il n’y a pas de raison de faire une différence stricte entre motivations pour s’autoformer en ligne et motivations pour s’inscrire à une formation. Enfin, qualitativement on s’entend. Sur le plan des poids respectifs des différents motifs, bien sûr qu’il y a des différences, mais si on se base sur une typologie des motifs, a priori on peut se baser sur les travaux réalisé dans le domaine de la formation. Du coup je vous propose de revenir sur cette typologie que j’ai trouvée bien pratique dans le cadre de mes travaux et qui impose de connaître un peu la théorie de l’autodétermination sur laquelle je suis brièvement revenue dans le dernier billet, ou au moins bien connaître la distinction motivation intrinsèque / motivation extrinsèque.

Carré définit les motifs d’inscription ou motifs d’entrée en formation comme les « raisons ultimes à la conscience exprimées par les sujets pour expliquer leur démarche d’inscription en formation. Exprimés sous forme d’objectif, ils traduisent l’objet-but de l’action, c’est-à-dire la finalité du cycle d’action dont la formation fait partie. ». Ces motifs ne sont pas mutuellement exclusifs ; la référence au motif plus qu’à la motivation permet de souligner le fait que nous n’avons accès qu’aux déclarations de l’apprenant, et non à une motivation observable directement par le chercheur. La typologie des motifs d’inscription de Carré (2002) se base sur deux axes que sont la distinction entre motivation intrinsèque et motivation extrinsèque (Deci & Ryan, 1985a), et sur la distinction entre orientation vers l’apprentissage et orientation vers l’activité (Houle, 1961), distinction sur laquelle nous reviendrons. Sur la base de ces deux axes, Carré définit dix motifs d’entrée en formation : opératoire professionnel, opératoire personnel, vocationnel, identitaire, dérivatif, prescrit, économique, socio-affectif, hédonique et épistémique. J’en donnerai ici une définition rapide et renverrai à Carré (2002) pour un approfondissement de la question ; les lignes qui suivent correspondent à des citations de l’auteur. Les trois motifs d’ordre intrinsèques sont les suivants :

  • Motif épistémique : « Apprendre, s’approprier des savoirs, se cultiver, sont des processus qui trouvent leur justification en eux-mêmes »
  • Motif socio-affectif : Il s’agit ici de participer à la formation pour bénéficier de contacts sociaux. Ce sont les conditions sociales de déroulement de la formation qui comptent.
  • Motif hédonique : Il s’agit de participer pour le plaisir lié aux conditions pratiques de déroulement et à l’environnement de la formation, de façon relativement indépendante de l’apprentissage de contenus précis.

Parmi les sept motifs d’ordre extrinsèque, nous citerons :

  • Motif économique : Les raisons de la participation sont ici d’ordre explicitement matériel : le fait de participer à une action de formation apportera des avantages de type économique.
  • Motif prescrit : Sous des formes discrètes (la pression de conformité sociale, le conseil d’un hiérarchique, etc.) ou explicite (la contrainte d’inscription), l’engagement en formation est le résultat de l’injonction d’autrui.
  • Motif dérivatif : L’évitement de situations ou d’activités vécues comme désagréables est visé ici dans l’inscription à la formation.
  • Motif opératoire professionnel : Il s’agit d’acquérir des compétences (connaissances, habiletés, comportements) perçues comme nécessaires à la réalisation d’activités spécifiques sur le champ du travail, afin d’anticiper ou de s’adapter à des changements techniques, de découvrir ou de perfectionner des pratiques, toujours avec un objectif de performance précis.
  • Motif opératoire personnel : Il s’agit d’acquérir des compétences perçues comme nécessaires à la réalisation d’activités spécifiques en dehors du champ de travail (loisirs, vie familiale, responsabilités associatives, etc.).
  • Motif identitaire : il s’agit d’acquérir les compétences et/ou la reconnaissance symbolique nécessaire à une transformation ou une préservation de ses caractéristiques identitaires. Ce motif est centré sur la reconnaissance de l’environnement et l’image sociale de soi, en dehors de tout motif économique.
  • Motif vocationnel : il s’agit d’acquérir les compétences et/ou la reconnaissance symbolique nécessaires à l’obtention d’un emploi, à sa préservation, son évolution ou sa transformation. La raison de s’engager en formation est ici centrée sur une logique d’orientation professionnelle, de gestion de carrière ou de recherche d’emploi.

Pour désigner les différents types de motifs d’entrée en formation de la typologie de Carré (2001), on peut dire d’un participant qu’il « s’inscrit dans une logique de » pour exprimer le fait qu’il déclare que son comportement est animé par tel ou tel motif. Ainsi, un participant s’inscrit dans une logique hédonique si le motif hédonique, entre autres motifs, anime son comportement, sans nécessairement que cette logique domine ce comportement.

Le seul point qui fait débat à mes yeux est le terme « vocationnel », qui est sans doute une traduction directe du « vocationnal » anglais. Alors qu’en anglais, le terme recouvre effectivement la définition qui en est donnée ici, en français c’est plus discutable. Enfin, ça ce discute …. personnellement je l’ai utilisé comme tel dans mes travaux …

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